Afrique centrale : la CEEAC ne fait pas recette
Le 15ème sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), du 16 au 17 janvier 2012, devait être celui de la relance. L’absence de beaucoup de chefs d’Etat traduit bien les difficultés de l’intégration dans la zone.
Il faudra encore attendre. Difficile de dire pour combien de temps l’attente va durer. Les populations des pays de l’Afrique centrale devront encore subir les tracasseries des services de délivrance des passeports et autres pièces administratives pour parcourir la dizaine de pays qui constitue la Communauté économiques des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), mise en place depuis le sommet de Lagos au Nigéria en 1983. La seule déclaration qui ressort de ce sommet tenu à Ndjamena, la capitale du Tchad, est de créer une zone de libre échange à partir de 2014.
En attendant, les immigrés en Guinée équatoriale, nouvel Eldorado de la sous région grâce aux pétrodollars, connaîtront encore des expulsions. Pas de pièces communautaires pour la libre circulation des biens et personnes de la province du Katanga jusqu’au marché « mondial » de Kye Ossi avant 2014.
Le budget de l’institution a tout de même été arrêté à 52,7 milliards de F CFA. Les fonds seront issus de la Contribution communautaire d’intégration (CCI), une taxe censée être insérée dans l’arsenal fiscal de chaque pays membre. Et une bonne partie des recettes, notamment 33,2 milliards de F CFA proviennent des contributions externes à titre de partenariat.
En première ligne, les promesses des Nations unies. Abou Moussa, le représentant spécial pour l’Afrique centrale de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a assuré que « l’ONU continuera d’accompagner la CEEAC et ses Etats membres pour une action plus efficace contre ces fléaux ». Allusion au conflit frontalier et à de multiples guerres civiles pour la conquête du pouvoir susceptibles de ralentir la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Bateau sans capitaine
Au sortir de ce sommet, il s’avère que le processus d’intégration de l’Afrique centrale manque de locomotive. Compte tenu de leur poids, ce sont la République démocratique du Congo ou le Cameroun qui pourraient l’être. Leurs deux dirigeants ont brillé de leur absence. Paul Biya n’a pas répondu à la visite d’Idriss Deby Itno, le 29 décembre 2011 à Yaoundé. Pourtant la complémentarité entre les deux pays plaide pour un mariage harmonieux qui aurait pu se fonder sur le symbole que constitue le pipeline Doba-Kribi pour le transport du brut tchadien vers la mer depuis 2003. Biya s’est contenté de déléguer son vice Premier ministre chargé des relations avec les Assemblées, Ahmadou Ali.
De l’autre côté du fleuve Congo, Joseph Kabila, confronté à une contestation des résultats de la présidentielle consacrant sa réélection, le 9 décembre 2011, n’avait pas la tête à la construction régionale.
La CEEAC subit également la concurrence de l’autre organisation régionale, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) née en 1994, dont le socle est l’appartenance au F CFA et qui regroupe six pays de la région.
La France, l’ancien colonisateur des pays de la CEMAC à l’exception de la Guinée équatoriale, ne serait pas étrangères aux réticences vis-à-vis de la CEEAC. Elle ne verrait pas d’un bon œil une reconfiguration au cœur du Golfe de Guinée avec les appétits déclarés de la Chine et des Etats unis, pendant que l’Angola, malgré son poids dans la région, est en passe de tourner le dos à sa sous région mère au profit de la zone australe du continent.






















