Les Gens

«Lorsque le Congo émergera, l’Afrique noire lèvera la tête.»

«Lorsque le Congo émergera, l’Afrique noire lèvera la tête.»
  • Jeudi, 29 Mars 2012 15:08

A 53 ans, Vital Kamerhe lwa Kanyiginyi Nkingi, de son vrai nom, a derrière lui, une riche et mouvementée carrière politique, à l’image de son pays. Il a fait partie des gouvernements de Léon Kengo wa Dondo, Mushobekwa Kalimba wa Katana et du général Denis Kalume Numbi. Il a également été commissaire général adjoint du Gouvernement (AFDL) chargé des relations avec la Mission des Nations unies au Congo (MONUC), puis commissaire général du gouvernement chargé du suivi du processus de paix dans la région des Grands Lacs.

Il devient l’une des pièces essentielles de l’élection de Joseph Kabila.

Secrétaire général de son parti, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), directeur de campagne à la présidentielle de 2006, il est presque naturellement porté à la présidence de l’Assemblée nationale, devenant ainsi le numéro 2 du régime après la victoire de Kabila.Pourtant il y fait long feu. Démissionnant avec fracas, avant de lancer en décembre 2010 son propre parti, l’Union pour la Nation Congolaise et de se présenter à la présidentielle du 28 novembre 2011. Il est crédité de 7,74% des suffrages, loin derrière le président sortant et le vieil opposant historique, Etienne Tshisekedi qui s’est proclamé vainqueur et président de la République. Malgré le mode de scrutin à un tour qui imposait à l’opposition de se regrouper pour avoir quelque chance de défaire le président, Kamerhe avait maintenu sa candidature. A présent, il reconnait la meilleure position de l’opposant historique Tshisekedi et accepte de le soutenir en cas de reprise de la présidentielle.

Lors du dernier Sommet de l’UA, Chérif Elvalide Sèye a rencontré Vital Kamerhe

Le Quorum : Pourquoi êtes-vous à Addis Abeba ?
Vital Kamerhe : Nous sommes à Addis Abeba parce que les élections au Congo du 28 novembre dernier étaient une véritable imposture quant à la présentation des résultats qui n’ont pas reflété la vérité des urnes et la justice des urnes. Le peuple congolais s’est prononcé clairement en faveur du président Etienne Tshisekedi. Cela a été confirmé par tous les observateurs nationaux et internationaux. La révélation la plus claire et la plus édifiante est celle de l’Eglise catholique qui avait déployé 30 000 observateurs sur le terrain. L’Eglise catholique est très claire et a même cité l’exemple de Lubumbashi où, au soir du 28 novembre Etienne Tshisekedi avait battu le président Kabila. L’Eglise était étonnée de voir que les résultats publiés le 9 décembre ne respectaient pas la vérité des urnes. Nous disons, au niveau des forces du changement, que cela est inacceptable. Nous devons nous battre pour que la vérité des urnes, qui est la volonté exprimée par notre peuple, puisse triompher et le peuple rétabli dans son droit. Nous sommes donc venus à Addis pour sensibiliser les leaders africains, les sages, pour que cette fois-ci, ils prennent le taureau par les cornes, qu’ils anticipent et n’attendent pas que le Congo se transforme en Zimbabwe, Kenya ou Côte d’Ivoire pour courir derrière les événements quand les Occidentaux auront pris les choses en main.

Nous sommes venus au Sommet de l’Union africaine avec des documents écrits qui expliquent et prouvent les irrégularités et fraudes massives qui ont émaillé les élections. Nous montrons comment la fraude a été préparée avant les élections, comment elle s’est déroulée durant le scrutin, comment elle a enfin créé un cafouillage qui a débouché sur une véritable crise politique avec deux présidents de la République : Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi. Le premier a été proclamé par la CENI (Commission électorale nationale indépendante) contre les résultats des bureaux de vote, qui a été investi par la Cour suprême qui est une institution de la République. Il est donc revêtu de la légalité. Le second, Etienne Tshisekedi, qui a été élu selon les vrais résultats du vote, détient la légitimité. Nous sommes dans une crise profonde où la légalité et la légitimité ne se retrouvent pas au sein d’une même autorité.

Nous ne devons pas croiser les bras. C’est pourquoi, dans la dernière partie de notre document, nous demandons une médiation et, en même temps, nous proposons une solution pour accompagner les Congolais dans leur démarche de recherche de la vérité des urnes, de recomptage des voix. Nous savons que cela peut se heurter au refus ou à la mauvaise foi de la CENI qui peut prétendre qu’il est impossible de recompter les votes. Il faudra alors arriver à la conclusion que ces élections, la présidentielle, à tout le moins, doit être annulée.

LQ : Le contentieux ne porte pas que sur la présidentielle. Faut-il aussi reprendre les législatives ?
VK : Pour les législatives, il n’y a pas lieu de tout annuler. Là ou il n’y a pas de plaintes, là où le peuple et les candidats ne se plaignent pas, il n’y a pas lieu de recommencer. Même si cela représente 20 ou 30%. Il faut examiner toutefois les plaintes documentées formulées par les candidats lésés. Maintenant, il faut que la Cour suprême ne se comporte pas de la même manière que pour l’examen de la  requête que j’avais introduite en contestation de l’élection de Kabila. Sinon, il faudra annuler les élections législatives pour les reprendre. La reprise des élections passe par la mise en place d’une CENI new-look, une nouvelle CENI qui doit incorporer des éléments de la société civile. Le pouvoir et l’opposition doivent s’entendre pour que la CENI soit une autorité indépendante, consensuelle, avec des membres qui vont siéger en toute impartialité.

Nous disons qu’en ce qui concerne la cour suprême de justice, sa composition n’inspire pas confiance. Ce sont des magistrats nommés en violation de la constitution, qui obéissent aux ordres d’un candidat. On ne peut pas lui confier le processus électoral.

LQ : Comment changer les membres de la Cour suprême ? Ne sont-ils pas inamovibles ?
VK : Vous savez, tout doit se faire dans l’intérêt du peuple. A partir du moment où une institution a perdu la confiance du peuple, il ne peut plus être question d’inamovibilité. Tout doit être soumis à la volonté du peuple.

Par ailleurs, il était dit, et il continue de l’être, dans notre constitution, que la Cour suprême de justice devait être éclatée en trois juridictions : la cour constitutionnelle, la cour administrative et la cour de cassation. Cette réforme n’a pas été faite, à dessein, parce que l’actuelle Cour suprême est inféodée au pouvoir en place. C’est une sorte de tricherie anticipée. Cette réforme doit être conduite. Vous savez, quand le juridisme pose problème pour la résolution des problèmes, le politique prend le dessus. Ce n’est pas parce que la constitution ou la loi électorale dit ceci ou cela que nous ne pouvons pas résoudre le problème. Non, là ou nous pensons qu’il faut une disposition d’ordre politique pour enlever un écueil juridique, il faut passer à l’action. On ne doit pas hésiter.

Il nous faut aller aux élections avec les mêmes chances de gagner ou de perdre pour tout le monde. Il faut que nous ayons confiance aux institutions. La  CENI aussi bien que la cour constitutionnelle ou la Cour suprême qui devra se saisir des contentieux.

LQ : Concrètement qu’est-ce-que vous espériez en venant d’Addis Abeba ?
VK : Nous sommes venus réveiller les leaders africains, les informer de ce qui se passe dans notre pays. Nous sommes là pour leur faire savoir qu’il y a une crise profonde qui peut occasionner des dégâts incommensurables, qu’il ne faut pas attendre qu’il y ait 1000 morts ou 3000 morts pour intervenir, qu’il faut tirer les leçons cette fois-ci de ce qui s’est passé au Zimbabwe, au Kenya, en Côte d’Ivoire, pour anticiper comme cela se passe ailleurs dans les pays de vieille civilisation.

Pour nous, gouverner c’est prévoir. C’est ainsi qu’il y a moins de dégâts. Cette fois, pour une fois, c’est l’opposition congolaise qui fait, en lieu et place du pouvoir, une proposition de sortie de crise. C’est une occasion à saisir pour désigner un médiateur qui va nous accompagner dans l’effort de recherche de la vérité et de la justice.

LQ : Vous voulez que l’Union africaine vous désigne un médiateur ?
VK : Oui, un médiateur. Nous avons rencontré plus de quinze chefs d’Etats et une dizaine de chefs de gouvernement.

LQ : Lesquels ?
VK : C’étaient des rencontres informelles. Vous comprenez que je ne puisse pas vous révéler leurs identités. Ils nous ont écoutés et nous avons déposé un document à la commission de l’UA, tel que je viens de vous le présenter.

LQ : Est-ce que, a posteriori, vous ne regrettez-pas d’être partis dispersés aux élections ?
VK : Nous ne le regrettons pas puisque si nous étions partis avec un seul candidat, les dégâts auraient été plus importants. Nous pouvons dire que la politique d’encerclement que nous avons faite, Etienne Tshisekedi et moi, a porté ses fruits. S’il y avait eu un seul candidat, pensez-vous que la CENI allait mettre de côté la machine à frauder qu’elle avait fabriquée ? Non, la machine aurait néanmoins fonctionné. Pensez-vous  que s’il n’y avait eu que deux candidats, Etienne Tshisekedi et Kabila, le pasteur Mulunda (le Révérend Pasteur, Daniel Ngoy Mulunda - Nyanga, président de la CENI, ndlr) allait avoir le courage de dire, au soir du 9 décembre 2011 que c’est Tshisekedi qui a gagné selon les résultats comptabilisés ? Il ne l’aurait pas fait. Jamais puisque dans toutes ses réactions, il était le défenseur de Kabila. Il était juge et partie. En un moment donné, il a même dit qu’il était fier d’être Katangais de la même province que le président Kabila.

Il faut beaucoup de sang froid pour faire face à  ces dérapages. Nous avons confiance dans la peuple congolais. Beaucoup de gens nous demandent pourquoi nous ne mettons pas le peuple dans la rue. Mais nous ne le pouvons pas. Nous ne pouvons pas le mettre dans la rue, face à une armée, une police et un président de la République qui a la gâchette facile, qui tire chaque jour sur les gens.

LQ : Est-ce que cela ne signifie pas qu’en l’absence d’une médiation le président Kabila va tranquillement exercer son pouvoir ?
VK : Non, là, vous allez trop vite en besogne. Je vous ai dit que pour le 16 février,  il y a une initiative de l’Eglise catholique. Le 16 février, c’est le 20eme anniversaire des martyrs de la démocratie. Nous, les forces du changement et la société civile, nous allons nous impliquer dans cet événement qui sera le couronnement de tous les efforts que nous avons faits. Si auparavant, quelque chose se fait dans le sens de la médiation extérieure pour ramener la vérité et la justice des urnes, tant mieux.

LQ : L e président Kabila a le pouvoir, l’armée… Le temps joue pour lui…
VK : Kadhafi avait le pouvoir, l’armée et plus d’argent que Kabila. Le temps n’a pas joué pour lui. Ben Ali avait le pouvoir, les institutions et quand le jeune Tunisien s’est immolé, il avait pris cela pour un fait divers. Il est allé lui rendre visite à l’hôpital, mais il ne savait pas ce qui l’attendait. Vous savez, il n y a que Dieu qui sait ce qui va advenir demain. Alors, que le calme du peuple congolais ne soit pas trompeur, cela peut nous entrainer dans des dégâts que tout le monde va regretter après. Vaut mieux prévenir que guérir.

LQ : En un moment donné, vous avez été soupçonné d’être de connivence avec Kabila. Votre posture actuelle semble prouver le contraire.
VK : Les faits démontrent effectivement le contraire. J’étais tranquille face à ces grossières accusations. C’est pourquoi, je ne passais pas mon temps à m’expliquer. Ma seule démission de la présidence de l’Assemblée nationale parlait pour moi. Dans nos pays, rares sont ceux qui peuvent quitter volontairement les grandes fonctions avec les gyrophares, les résidences officielles au bord du fleuve, les indemnités, les frais de fonctionnement et les frais de recherche ou de sécurité. J’ai laissé tout cela pour défendre le peuple. Je ne pouvais pas abandonner tout cela pour aller le chercher par des voies détournées. Je serais simplement resté à l’Assemblée nationale et numéro deux du pays.

Kabila lui-même a dit en privé à des gens « Je ne comprends pas Kamerhe. Je lui avais dit qu’il serait mon dauphin, qu’il allait me remplacer en 2016 ». Mais j’avais dit que ce ne serait pas à n’importe quel prix. J’avais dit au président que je ne crois pas à ce genre de promesses qui n’engagent en politique que ceux qui y croient. J’ai continué à travailler tranquillement. Je lui ai dit que plus tard, je créerai mon propre parti et « tant mieux si vous m’aidez ».

LQ : Mais qu’est-ce que vous lui reprochiez exactement, au point de le quitter ?
VK : Nous avons eu beaucoup de divergences. Mais, c’est l’entrée des troupes rwandaises dans le territoire congolais à la suite d’un accord entre Kagamé et Kabila qui a été la goutte qui a fait déborder le vase. Il y a aussi eu l’attaque contre les éléments de Jean Pierre Bemba et Bemba lui-même. Je l’ai dénoncé le 23 février 2008 au début de mon mandat à la présidence de l’Assemblée, issue de la majorité au pouvoir. Nous avons eu des divergences à propos des massacres dans le Bas-Congo. J’ai également désapprouvé la manière dont la revisitation des contrats miniers s’est faite, souvent à la tête des clients. J’ai dénoncé aussi la manière dont les contrats chinois avaient été négociés au grand profit des Chinois et au détriment des Congolais, à l’exception de quelques négociateurs congolais et de personnes invisibles. Je n’ai rien contre les Chinois qui travaillent au Cameroun, en Ethiopie et dans d’autres pays. Ils font du bon travail. La coopération avec la Chine est souhaitée mais pas à n’importe quel prix. Les Chinois vous donnent ce que vous leur demandez. J’avais proposé à l’assemblée dix recommandations pour un avenant aux contrats chinois.

Le président Kabila et moi, nous sommes beaucoup heurtés sur le contrôle des institutions. Chaque fois,  je me suis heurté au véto du président de la République et du Premier ministre. J’ai considéré alors que ma présence à l’assemblée commençait à être inutile et moins bénéfique au peuple congolais. Je me suis dis que ce que nous faisions ressemblait à des pièces de théâtre. A partir du moment où l’Assemblée nationale ne sait pas faire tomber le gouvernement, ne sait pas faire tomber un ministre, ne sait même pas sanctionner un ministre, ne sait pas appliquer une résolution, j’avais dit que ma place n’était plus dans cette Assemblée nationale, ni à côté de Kabila, ni dans son parti politique. Et j’ai pris congé de lui.

Vous savez, être opposant dans les pays pauvres, n’est pas chose facile. Il faut y réfléchir 36 fois parce que cela demande beaucoup de moyens pour gérer un parti, et beaucoup de convictions de la part des adhérents. Ce n’est pas la recette la plus facile en Afrique. Mais je ne le regrette pas. Je remercie le peuple congolais qui a compris que la cible dans ces élections, c’était Vital Kamerhe. Le président Kabila disait que je suis son frère, son ami, mais en réalité, il a essayé de me laminer partout. Malgré tout, selon les résultats actuels,  je suis le 2eme parti à l’Assemblée aux côtés des forces du changement. Pour un parti qui existe depuis onze mois, c’est extraordinaire.

A l’élection présidentielle, je suis 3eme. C’est également un très bon résultat. Cela signifie que mes premiers pas sont prometteurs et que je n’ai pas besoin d’être à côté de Kabila pour exprimer ma vision pour un Congo fort, prospère et stable.

LQ : Avez-vous un projet pour le Congo ? Ou s’agit-il seulement de remplacer Kabila ?
VK : Le Congo est au cœur de l’Afrique avec neuf voisins. C’est une grande richesse. Le Congo renferme toutes les ressources naturelles que compte le monde. Il a 110 substances minérales. Il dispose de dix minerais qui valent à eux seuls 26 000 milliards de dollars soit le PIB de l’Union européenne. C’est un paradis. Pourtant, paradoxalement, le Congo est le pays le plus faible de la planète, 178eme pays sur 178 en termes de développement humain.

C’est un paradoxe que nous devons résoudre. Le Congo est le pôle intégrateur de l’Afrique en ce qui concerne l’industrialisation et l’électrification du continent. Il dispose d’un fleuve long de 3637 km qui n’arrive pas à satisfaire la consommation en électricité et eau de la ville de Kinshasa. Ce fleuve qui traverse tout le Congo se jette dans l’océan pour devenir de l’eau salée. C’est du gâchis. Les rivières que nous avons au Congo font 50% des eaux d’Afrique. Le château d’eau d’Afrique, c’est le Congo. En outre, il est la 2eme forêt du monde.

LQ : Vous ne pouvez pas mettre tout cela sur le compte de Kabila qui n’a fait qu’un mandat. Le Congo est dans cette situation depuis longtemps.
VK : C’est une véritable bande maffieuse qui s’est installée à la tête du pays. Il a fallu 32 ans pour qu’on en arrive au point où Mobutu nous avait laissé. Aujourd’hui, comparez le salaire de l’enseignant et le pouvoir d’achat du peuple quand Mobutu est parti avec la situation actuelle. Vous verrez que le Congo a régressé par rapport au Zaïre. Nous continuons notre descente aux enfers.

Le drame du Congo est de souffrir d’un manque de leadership exemplaire. Le Congo est le Brésil de l’Afrique. Il lui ressemble à tous points de vue. Ce qui lui fait défaut, c’est un Lula pour le sortir du gouffre dans lequel il est plongé. Le Brésil a connu les  mêmes problèmes. Durant cinq siècles, 500 familles contrôlaient toutes les terres, les richesses du pays. Nous continuons à croire qu’un Congo fort et stable va émerger au cœur de l’Afrique. Lorsqu’il émergera, l’Afrique noire va lever la tête. Avec le Congo Brazzaville, le Cameroun, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Rwanda etc., nous pouvons créer des zones d’échanges de marchés extraordinaires, des axes Johannesburg, Abuja, Kinshasa. Cela peut aller jusqu’à Dakar. Mon rêve, mon projet, c’est que le Congo joue un rôle non seulement dans la région des Grands Lacs, mais aussi dans l’Afrique toute entière et dans le monde. Dans le cadre de la mondialisation, nous ne voulons pas être demandeur. Nous voulons des échanges équitables gagnant-gagnant. Nous voulons aussi qu’il y ait transfert de technologie. Nous refusons qu’on vienne prendre nos matières premières à l’état brut. Nous devons faire comme le Brésil en imposant à ceux qui viennent prendre nos matières le transfert de technologie. Au bout de dix ans, nous serons comme le Brésil, en mesure de fabriquer des véhicules, des produits de première nécessité.

LQ : Vous comptez sur l’Union africaine pour résoudre le problème électoral congolais, mais ce n’est pas elle qui a apporté la solution en Tunisie, en Libye ou en Egypte. Ce sont plutôt les fortes pressions parfois même des interventions armées occidentales qui ont réglé ces conflits. Est-ce que l’UA peut être véritablement la clef de la crise congolaise ?
VK : Le président Tshisekedi et moi sommes panafricanistes. Nous voulons d’abord commencer par nous-mêmes : aide-toi et le ciel t’aidera. Si cela ne suffisait pas, la 2eme étape serait l’Union européenne, New York, Washington. Nous savons que les grandes décisions se prennent là-bas, mais nous voulons renverser cette tendance en réhabilitant notre propre organisation continentale. Nous commençons avec notre propre pays. Nous devons, petit à petit, cesser d’être ce petit bébé auquel les Occidentaux doivent indiquer la voie à suivre. Si nous pouvons trouver une solution africaine aux problèmes africains, ce serait une grande première. Nous voulons être les premiers à montrer cette voie de la recherche des solutions par des leaders africains. Nous sommes assez matures au Congo pour que l’opposition, la société civile et le pouvoir se réunissent et se mettent ensemble pour recompter les voix. C’est un simple accompagnement que nous sommes venus demander à l’UA.

LQ : En cas de nouvelles élections, l’unité de l’opposition demeurera-t-elle  ou y aura-t-il plusieurs candidats ?
VK : S’il y a nouvelles élections, je me mettrai tout simplement derrière le président Tshisekedi parce que la présidentielle a constitué, de fait, une sorte de primaire. Elle a prouvé qu’il a eu plus de points que moi. Je peux donc expliquer, à ma base, ma décision de me ranger derrière lui. Il sera facile à ma base de comprendre que Vital Kamerhe et Etienne Tshisekedi, c’est un mariage, une communion des esprits, une même vision pour le Congo qui va se lever et marcher.

LQ : Dans quel délai espérez-vous sortir de la crise ?
VK : Une crise, on sait comment elle commence, mais jamais comment elle se termine. Néanmoins, je crois que, très rapidement, nous allons nous entendre parce que nous avons plusieurs propositions y compris celle de refaire les élections, parce que nous n’avons pas peur de recompter. Il ne faut pas s’attendre à ce que Kabila et ses partisans disent oui, nécessairement. Notre peuple attend des initiatives heureuses pour nous accompagner. Ne vous-en faites pas. Les jours à venir seront riches d’évènements.

Interview paru dans le magazine Le Quorum No 3.

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