Entretien

Comment l’Afrique de l’Ouest peut se confédérer

Comment l’Afrique de l’Ouest peut se confédérer
  • Mardi, 20 Décembre 2011 15:32

Mamadou Lamine Loum a présidé le Panel de Haut Niveau chargé de définir le plan stratégique 2011-2020 de l’UEMOA qui propose de franchir un palier supérieur de l’intégration par la création d’une confédération ouest-africaine.

Le Quorum : Vous avez présidé la commission chargée de réfléchir sur l’avenir de l’UEMOA. Quelle vision s’en est dégagée ?
Mamadou Lamine Loum :
Notre vision de l’UEMOA en 2020 est de résoudre tous les dysfonctionnements, non pas par des réformettes, mais par une réforme structurante qui permette de nous hisser à un palier supérieur.

LQ : Précisément ?
MML : Précisément, il faut aller à une confédération. Certaines de nos constitutions prévoient expressément une cession de souveraineté. L’unité africaine devait se faire par zones géographiques. A l’Union africaine, sous l’impulsion de la Libye, il y a eu une tentative audacieuse d’y passer directement. Elle n’a pas abouti. Nous avons estimé qu’il valait mieux y aller progressivement mais en posant des pas décisifs, irréversibles. L’Afrique de l’Ouest a les moyens et un niveau d’évolution qui lui permettent de franchir le cap.

LQ : Une confédération, cela reste très ambitieux.
MLL : Il faut démarrer, au besoin, avec les Etats qui sont prêts à y aller en mettant en place un exécutif confédéral qui prendrait en charge les questions régaliennes de souveraineté. Les forces armées seraient confédérales. Cela permettrait d’en finir avec ces armées utilisées à contre-courant de leur mission pour les confiner à la sécurisation des frontières de la confédération.

Il s’agit également de mutualiser les autres fonctions régaliennes : la sécurité intérieure, la diplomatie, la justice. Ensuite l’enseignement supérieur et la recherche y gagneraient beaucoup au change, notamment dans les domaines de l’innovation et des universités.

En mutualisant là aussi nos efforts, demain, nous pourrions avoir des établissements d’enseignement supérieur de renommée internationale, des centres de recherche qui ne vivraient plus de maigres subsides ne permettant pas d’obtenir les résultats nécessaires pour la transformation sociale, urbaine et rurale. Il faut que nos chercheurs travaillent dans les mêmes normes et conditions de recherche que dans les pays émergents pour qu’ils n’émigrent plus alors que nous avons besoin d’eux ici pour booster l’agriculture qui est l’un des défis majeurs de l’Afrique au 21e siècle. Il faut multiplier par trois, cinq, les revenus des paysans pour atteindre le niveau actuel des revenus urbains qui n’est déjà pas florissant.

Enfin, une diplomatie commune consacrerait l’émergence d’une puissance régionale avec la même attractivité que l’Afrique du Sud ou l’Egypte ou d’autres grands pays. Bien entendu, au plan économique, la confédération signifierait avant tout un territoire douanier commun, avec une administration des douanes confédérale et l’adoption du fédéralisme budgétaire.

Dans l’entretien complet paru dans le magazine mensuel LE QUORUM No 1, actuellement en kiosques, Mamadou Lamine Loum livre sa vision de l’intégration et de la voie à suivre pour y parvenir, il propose des solutions et s’exprime sur la crise financière de l’euro.

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